CONNECTER LES AGRICULTEURS POUR PARTAGER LES BONNES PRATIQUES, MODERNISER L'AGRICULTURE TRADITIONNELLE ET BRISER LA FRACTURE NUMÉRIQUE.

Gilbert Houngbo

Président FIDA

Contexte

Les petits agriculteurs (environ 1 milliard d’agriculteurs dans le monde) produisent plus de 80% de la nourriture mondiale et sont prêts à nous fournir des aliments de qualité. Après des années de marginalisation, ils sont de plus en plus considérés par les gouvernements et les sociétés civiles : comme producteurs alimentaires, employeurs sociaux et protecteurs de l’environnement.

Malgré leur grand nombre, souvent dans des régions reculées, ces agriculteurs sont de plus en plus connectés (passant des téléphones 2G aux smartphones 3G/4G) et sont de plus en plus intéressés par les nouvelles technologies pour améliorer la productivité agricole.

 

Bien que le Sahel et l’Afrique de l’Ouest connaissent une croissance économique rapide, de nombreuses menaces pèsent encore sur la sécurité alimentaire de la région. L’amélioration de l’accès aux marchés pour les populations rurales pauvres et leur connectivité est devenue une priorité pour le FIDA. Un meilleur accès aux marchés nationaux et internationaux permet aux petits producteurs de vendre davantage et à des prix plus élevés. Les petits exploitants agricoles doivent exploiter pleinement les possibilités du commerce transfrontalier pour vendre leurs produits dans les zones urbaines et se connecter entre eux pour partager leurs connaissances par le biais de communauté de pratique.

La digitalisation pour l’agriculture a un potentiel important pour jouer un rôle moteur dans la transformation agricole de l’Afrique dans les décennies à venir (CTA, 2019). Une plus grande intégration commerciale au sein de la CEDEAO peut être réalisée grâce aux TIC. En outre, l’utilisation de technologies numériques appropriées peut contribuer (meilleure connexion des produits aux marchés, commerce transfrontalier moins risqué et plus attractif) à la réalisation de la Déclaration de Malabo, qui préconise le triplement du commerce agricole intra-régional d’ici 2025. En 2018, l’industrie des technologies mobiles a contribué à 8,7% du PIB de la CEDEAO (52 milliards $) et sa contribution atteindra 68 milliards $ en 2023. La part du total des connexions smartphones passera de 38% en 2018 à 67% en 2025 pour la région et la moitié de la population d’Afrique de l’Ouest sera abonnée aux services mobiles en 2020 (GSMA, 2019). Malgré ces chiffres encourageants pour la région, seuls 26% (101 millions de personnes) de la population ouest-africaine sont abonnés à l’Internet mobile en 2018, laissant les 74% non connectés. La plupart des personnes non connectées se trouvent dans les zones rurales et sont souvent confrontées à l’absence de connaissance du numérique et de contenu pertinent dans la langue locale.

L’écosystème numérique se développe rapidement en Afrique de l’Ouest avec l’émergence de start-ups, des incubateurs et des laboratoires numériques. Cette émergence est suivie par le développement de nombreuses applications principalement adaptées au contexte d’un pays. Ces applications sont très répandues et les acteurs existants du développement rural en connaissent peu. Il est donc nécessaire de relier et de coordonner la dissémination et l’utilisation de toutes ces technologies émergentes à l’aide d’une approche multipartite.

Dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour l’agriculture familiale (2019-2028) et afin de soutenir la promotion du digital pour l’agriculture, le projet FARMTRAC soutiendra le développement de la Plateforme régionale « Farmersconnect ». Cette plateforme aidera des millions d’agriculteurs, d’organisations professionnelles agricoles et du secteur privé à tirer efficacement parti de la technologie dans leur vie quotidienne. Elle permettra aux petits agriculteurs d’être mieux connus et d’être facilement accessibles par l’intermédiaire de leurs organisations paysannes et directement grâce à Internet.

Sur la base des expériences précédentes et des nouvelles technologies, ce projet peut prendre forme et être opérationnel en moins d’un an, puis se renforcer dans les 5 années à venir, donnant des résultats avant la fin de la décennie.

Objectifs et résultats attendus

L’objectif de cette solution numérique est d’établir une plateforme mondiale pour les petits agriculteurs (à commencer par l’Organisation Régionale des Agriculteurs, le Centre Ouest Africain du FIDA, la CEDEAO/CILSS et Orange Africa Telecom) afin de mieux produire des produits de qualité, et de mieux bénéficier de la vente de leur travail (aliments biologiques, labels).

Les objectifs de la plate-forme paysanne sont au nombre de trois :

  1. Mettre en relation les agriculteurs entre eux pour partager les techniques et connaissances et en discuter (communauté de pratique et éducation numérique) ;
  2. Établir des liens entre les agriculteurs et les consommateurs pour améliorer les débouchés et les produits étiquetés ainsi que le dialogue politique entre les organisations paysannes et les gouvernements (place du marché) ;
  3. Mettre les techniques agricoles numériques à la disposition des petits exploitants agricoles et pas seulement des entreprises agro-industrielles.

Groupes cibles

Le projet ciblera :

  • Les bénéficiaires des projets financés par le FIDA en Afrique de l’Ouest et du Centre ;
  • 100,000 development practitioners ; 
  • Les acteurs du secteur privé (organisations paysannes et coopératives, unions de transporteurs et de commerçants, etc.) ;
  • Les acteurs clés impliqués le long des principales chaînes de valeur et corridors commerciaux en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Brève description de
" We Connect Farmers "

La plateforme « We Connect Farmers » sera construite sur une architecture open source et librement disponible afin de devenir une plateforme multi-acteurs (agriculteurs, secteur privé, agro-entrepreneurs, commerçants, gouvernements). L’architecture différenciera quatre menus macro reliés entre eux (comme décrit dans l’image ci-dessous).

Au cours de son développement, l’interopérabilité avec les deux innovations (un nouveau système de collecte de données commerciales ; une plate-forme électronique pour le suivi des données commerciales, des offres et des soumissions commerciales) développées dans le cadre du projet FARMTRAC sera assurée. Des liens seront établis avec la plate-forme de la Décennie des Nations Unies pour l’agriculture familiale.

  1. Le premier niveau est une Communauté de pratique (CoP). Ce niveau est destiné à l’échange de solutions et de témoignages entre les agriculteurs, leurs organisations et le secteur privé. Le partage sera progressivement étendu de la région de l’Afrique de l’Ouest au continent et au monde entier. Cette communauté de pratique servira également de plateforme de formation numérique et intégrera de nombreux outils de médias sociaux. Les CoP existantes (groupe FIDAfrique Facebook, www.ifad.org, ecoagris, etc.) seront utilisées et mises à l’échelle. La CoP impliquera principalement :  Agriculteurs et Agripreneurs ; Organisations paysannes et associations de commerçants ; Gouvernements et services publics.
  2. Le deuxième niveau de la plateforme est pour les données en agriculture. A ce niveau, un centre de données rassemblera les analyses de données agricoles existantes, aidant les pays à mieux visualiser la production agricole actuelle et future grâce à l’intelligence artificielle, aux données statistiques et à l’analyse des données satellites (EOD satellite, Géonode, BM, OCDE et CEDEAO, CILSS et FARMTRAC données transfrontalières).
  3. Le troisième niveau servira de répertoire dynamique d’applications pour l’agriculture et le développement rural où des liens seront établis avec les solutions externes existantes qui seront utilisées dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest. L’idée de l’apps store est de construire une base de données solide de toutes les applications existantes (connues ou non) et de toutes les innovations numériques en matière de développement agricole et rural. Tant d’applications et d’innovations numériques sont créées par les jeunes de la région, mais elles ne sont pas souvent connues. L’utilité d’une telle base de données, c’est qu’elle rend la vie facile à toutes les parties prenantes pour y fouiller et voir si une innovation existante (production agricole, sol, semences, eau, protection contre les maladies, récolte, stockage, post récolte, transformation, commercialisation, etc.) peut être utilisée ou adaptée à son contexte de développement. Chaque application sera suivie d’une brève description et d’un lien/API vers sa source. Ce troisième niveau est étroitement lié à la logique des agriculteurs le long des chaînes de valeur, de la production à la post-récolte. En effet, le choix des agriculteurs de produire une culture ou un animal spécifique est guidé par des considérations rationnelles à chaque étape d’une chaîne de valeur. Par conséquent, les applications à référencer sur la plate-forme sont guidées par les intérêts des producteurs, des commerçants et des consommateurs pour les produits agricoles. L’initiative encouragera également l’émergence de nouvelles applications telles que l’e-contract, l’e-logistique au niveau des exploitations agricoles, etc.